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The Facts of Winter.
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Le mystère de la rue de Morée
Le 27 février, une serveuse de la Brasserie des Martyrs, dans la rue de Morée, rêve d'une jeune femme qui reçoit son amant dans un appartement situé au-dessus de la Brasserie Moderne, en face de la Brasserie des Martyrs. Jusqu'alors la serveuse n' avait pas compris ce que c'était que l'amour; elle croyait que c'était un sentiment que l'on cachait à l'intérieur de son coeur. Mais elle voit que le sentiment n'est pour rien dans l'amour. La jeune femme s'assied sur le canapé. Son amant déplace un verre vide sur la petite table. L'amour, c'est une façon d'occuper l'espace, rien de plus. Cela change tout, pense la serveuse. Son amant est un homme jaloux, qui ne lui montre aucune tendresse; elle va le quitter. Mieux vaut être payé pour ça, réfléchit la serveuse. Au-dessus de la Brasserie Moderne, le jeune homme ferme les volets.
Cette même nuit, une serveuse de la Brasserie Moderne rêve d'une jeune femme qui reçoit son amant dans un appartement au-dessus de la Brasserie des Martyrs, en face de la Brasserie Moderne. Il lui fait une scène de jalousie ; il accuse, elle nie. Il s'agenouille; il demande pardon. Elle lui tourne le dos. Jusqu'alors, la serveuse n'avait pas compris ce que c'était que l'amour; elle croyait que c'était une histoire de gestes et de paroles. Mais elle voit que les gestes et les paroles n'y sont pour rien. L'amour, c'est une chose invisible qui se cache derrière les apparences les plus trompeuses. Ça change tout, se dit-elle. Assez de cet amour pour le jeune homme qui lui dit des mots d'amour, mais qui, au fond de son coeur, est aussi froid qu'une petite table, un verre vide. Elle cherchera ailleurs, ou se fera payer pour ça. Au-dessus de la Brasserie des Martyrs, le jeune homme ferme les volets.
Le cri de quinze ans
On est toujours le 27 février. Félix Lemaître, un garçon de quatorze ans et demi, rêve d'une chambre de l'Hôtel du Doubs, situé au No 220, boulevard de la Villette. Dans cette chambre, le No 42, il y a un cri d'origine humaine, qui est enfermé là depuis 1866. Libérer ce cri, voilà la tâche de Félix Lemaître. Il se munit d'une boîte de colle, de la marque «Colle des Frères», avec sur l'etiquette un dessin de deux jumeaux siamois, collés par le côte, qui essaient de se séparer à l'aide de leurs bras libres. Félix se rend à l'Hôtel du Doubs et monte l'escalier. Du couloir il entend le cri de quinze ans: c'est une voix douce et, à sa surprise, féminine. «Je croyais que c'était moi», se dit Félix, «mais évidemment c'est impossible. Le cri est plus âgé que moi». Il ouvre la porte de la chambre No 42. Dans un cabinet obscur et sordide, il découvre le corps d'une jeune fille nue, étendu sur le lit. Avec ses doigts, Félix applique de la colle sur le coeur de l'enfant. Il s'aplatit sur elle, collant sa peau sur la sienne. Toute sa vie, Félix gardera le souvenir de la chaleur de ce corps, de ses os et ses parties molles, sensations qu'il retrouvera chez diverses filles réelles, sans pouvoir retrouver la jouissance d'être collé à ce corps inerte. Il n'entend plus le cri de quinze ans; il a du s'échapper de la chambre au moment où Félix ouvrit la porte.
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